J’ai bien pris soin de vérifier que le verbe « pisser » n’était pas vulgaire et je l’utilise donc à dessein pour dire le dégoût que m’inspire la vidéo diffusée hier dimanche par notre média Algérie Focus. Je voudrais donc dire à ces courageux détrousseurs de cimetières de M’Sila, que j’irai pisser sur leurs tombes.

 

Que s’est-il donc passé à M’Sila ?

 

On y apprend que la « mafia du foncier » a mis main basse sur un cimetière chrétien et un cimetière juif pour les transformer en terrain à bâtir. Nous atteignons là le summum de l’ignominie et le comble de la honte. J’ai honte pour mon pays parce que les profanateurs sont connus, que les gens ont laissé faire et que la justice tarde à frapper.

 

La vidéo est visible sur notre site. Tout le monde peut constater que les barbares sont encore parmi nous.

Il y a ceux qui tuent les vivants ; on l’a encore vu récemment avec l’assassinat d’un candidat aux législatives. Et il y a ceux qui assassinent les morts ; qui les font mourir une deuxième fois. Dans les deux cas il s’agit de criminels. Mais dans le cas de M’Sila, il faut admettre que la sauvagerie s’accouple avec la lâcheté pour de sordides raisons d’argent.

 

Si dans les cas de détérioration volontaire des sépultures, on n’est pas certain de mettre la main sur les profanateurs de tombes guidés bien souvent par la récupération de pierres tombales en marbre ou en granit, dans le cas de M’Sila, le crime va bien au-delà de la simple profanation puisque le but poursuivi est la transformation des cimetières en terrain à bâtir. Les journaux qualifient les coupables de « mafia du foncier ». C’est faire trop d’honneur à des petits malfrats car la mafia respecte un code de l’honneur ; qui lui est particulier certes mais qui s’inscrit dans une espèce d’éthique propre à elle. A M’sila, il s’agit d’une bande de lâches et de salauds.

Comment sont-ils arrivés à agir impunément et à ciel ouvert ? On sait que la profanation a commencé par le manque d’entretien des cimetières catholique et juif à M’Sila, malgré la vigilance des autorités civiles et religieuses. Et devant l’absence de réaction dès les premières agressions des sites sacrés et officiellement protégés, les profanateurs ont continué de détruire méthodiquement l’environnement immédiat pour habituer progressivement les Autorités et la population à un délabrement irréversible et donc à faire oublier qu’il ne s’agit plus de cimetières mais de terrains à bâtir qu’il s’agira d’utiliser opportunément compte tenu de la demande très forte de foncier.

 

Et c’est là où il faut situer la responsabilité des Autorités civiles et religieuses. Leur silence est indiscutablement coupable et l’absence de réaction de l’Autorité judiciaire l’est encore plus puisqu’elle aurait dû intervenir immédiatement à la première tentative de profanation de lieux de sépultures que l’Etat est chargé de protéger au nom du droit, de la morale et de la religion. Nous lançons un appel solennel aux Autorités locales pour diligenter immédiatement une commission d’enquête et commencer à réhabiliter les lieux, en attendant que la justice suive son cours et que les coupables soient sévèrement punis.

 

En attendant, nous souhaitons adresser un message de fraternité aux communautés chrétienne et juive, leur exprimer notre entière solidarité et les prier d’accepter nos excuses les plus sincères.