Nous avions déjà au moins de juin 2016, abordé dans notre journal la question des Ahmadis et expliqué pourquoi il fallait tenir en méfiance cette organisation qu’il faut bien dénommer « secte », pour la simple raison que son credo s’inscrit dans une démarche marginale, hors du credo coranique. On doit en reparler aujourd’hui parce que ses adeptes subissent en ce moment une répression qui n’obéit ni aux recommandations coraniques en matière de tolérance, ni aux pratiques démocratiques dont on continue à se réclamer. Cependant la méfiance vis à vis des Ahmadis est plus que jamais nécessaire. Voici pourquoi.

 

En effet son fondateur Mirza Ghulam Ahmad s’est autoproclamé Messie après avoir reçu la révélation, dit-il. Difficile dans ce cas-là de le suivre dans son délire puisque l’Islam proclame que le Prophète Mohammed ( ASWS ) est l’ultime prophète : «  Mohammed n’a jamais été le père d’un de vos hommes, mais le messager d’Allah et dernier des prophètes. Allah est omniscient ». Coran 33/40

 

Nous avions écrit en juin 2016 que « la panoplie argumentaire, le succès relatif obtenu en Asie (10 millions d’adeptes dans le monde) et le comportement pacifiste des ahmadistes peuvent séduire les adeptes de nouvelles croyances dans un monde de plus en plus en demande de spiritualité. C’est la raison pour laquelle on a tendance à regarder les sectes avec attendrissement pour leur côté innocent, fragile et exotique…mais l’appréciation change dès qu’on s’attarde sur leur discours ou qu’on découvre la finalité de leur endoctrinement ».

 

La vigilance et la méfiance sont donc nécessaires aussi bien face aux sectes qu’aux manipulations à grande échelle orchestrées par les officines et les organisations au service de l’idéologie wahhabite, car les deux ont en commun le projet de déstabilisation de nos sociétés. Les deux possèdent des moyens financiers exorbitants qui leur permettent de pénétrer patiemment jusque dans nos maisons et dans nos écoles. Beaucoup d’observateurs s’interrogent sur la provenance des fonds considérables dont disposent les Ahmadis et qui leur permettent d’investir massivement en Afrique dans le social et dans les hôpitaux, les écoles etc…bref d’utiliser tous les moyens de séduction possible pour accompagner leur projet prosélyte. On doit se demander naturellement qui est derrière cette mouvance.

 

Cela dit, doit-on pour autant opter pour la manière forte pour les mettre hors d’état de nuire ? Faut-il continuer à diaboliser les Ahmadis et à les pourchasser par la violence sans craindre de contrevenir aux injonctions coraniques ?

Le risque existe et il nous paraît nécessaire de choisir le dialogue vigilant plutôt que la réponse brutale. C’est dans la tradition de l’islam de privilégier le dialogue et la bienveillance y compris avec des non-musulmans.

Un exemple :

 

Pendant le califat de ‘Umar Ibn al-Khattâb, les Musulmans ont suivi l’exemple du Prophète (Asws) lorsqu’ils ont signé un pacte avec le peuple d’Aelia (Jérusalem). ‘Umar leur a garanti la liberté de culte, ainsi que l’inviolabilité de leurs temples et de leurs rituels. Il déclara : « Ne prenez rien de leurs églises, ne les détruisez pas et ne portez pas atteinte à l’un d’eux. Ne prenez pas leurs biens, leurs croix ou leurs richesses. Ne les contraignez pas à quitter leur religion, et qu’aucun d’entre eux ne soit lésé, et que nul d’entre les Juifs ne vive à Aelia avec eux. »

 

D’autre part, si on se réfère à la parole sacrée, on sort encore renforcé dans notre souci de respecter l’image tolérante de l’islam et de la priorité donnée au dialogue.

 

« Si un idolâtre te demande asile accorde-le-lui afin qu’il puisse entendre la parole du Seigneur. Puis, fais-le parvenir en lieu sûr car les idolâtres sont des gens qui vivent dans l’ignorance ». Coran 9/6

 

« Et si Dieu l’avait voulu, il aurait fait de vous une seule et même communauté ». Coran 5/48

 

« Et si ton Seigneur l’avait voulu, tous les hommes peuplant la terre auraient, sans exception embrassé Sa foi. Est-ce à toi de contraindre les hommes à devenir croyants ». Coran 10/99

 

Le dialogue et la tolérance certes, mais la vigilance plus que jamais.

On dit toujours que le diable se niche dans les détails. Rappelons-nous le résultat catastrophique de l’arabisation intégrale improvisée au lendemain de l’indépendance, quand il a fallu recruter des « enseignants » en Egypte, en Syrie et en Irak, sans jamais se douter qu’ils avaient amené avec eux dans leurs bagages un virus qui continue de faire encore des rivages et qui porte un seul nom : le fondamentalisme islamiste. Il n’est pas incongru aujourd’hui de se poser la même question concernant les Ahmadis.

 

Si les Autorités algériennes ont choisi d’observer la plus grande vigilance à l’égard des sectes se réclamant de l’islam, elles sont parfaitement dans leur rôle et ne contreviennent en aucune façon aux injonctions coraniques. En revanche, elles doivent éviter la répression brutale et indifférenciée et privilégier la liberté de croyance et la liberté d’expression. Il est inadmissible de malmener quelqu’un qui ne croit pas comme vous sauf s’il est avéré qu’il poursuit un objectif qui représente un danger pour notre société et qui mette en péril sa cohésion. Autrement dit, on doit rester vigilant sans tomber dans la paranoïa, et demeurer inflexible dès qu’on subodore des manœuvres de propagande, d’endoctrinement et de déstabilisation, ou au service d’une intelligence étrangère, quelle qu’elle soit.

Aziz Benyahia