Quelques  commentateurs pressés ont cru pouvoir affirmer, de façon imprudente, voici quelques semaines, que le gouvernement avait décidé de «mettre fin aux  programmes AADL». «Pour des raisons financières et en raison de la  crise», ajoutaient sentencieusement les mêmes commentateurs impatients.

Alors, fini les programmes AADL ? Pas sûr du tout. Et il y a même de très bonnes raisons de penser le contraire. Mais il faudra quand même probablement attendre encore quelques années avant de commencer à parler d’AADL 3. L’intervention du directeur général de l’AADL, M. Tarek  Belaribi, jeudi dernier, sur les ondes de la radio nationale, était d’un intérêt particulier. Elle a livré, sans doute pour la première fois de façon aussi synthétique, de nombreuses informations à la fois sur la consistance, l’état d’avancement, le financement ainsi que les prochaines livraisons prévues au titre des programmes AADL 1 et 2.

Une grande opération de distribution au deuxième trimestre 2017

Ainsi qu’Algérie Focus l’a indiqué dans un article précédent, M. Belaribi a annoncé, jeudi dernier, qu’une importante opération de distribution de logements AADL aura lieu dans les mois à venir. Au total, il s’agit de plus de 40 000 logements dont les clés vont être remises à leurs bénéficiaires d’ici la fin du mois de juin prochain. Les remises de 3 000 logements relevant du programme AADL1 vont commencer à être effectuées à partir de ce lundi, principalement sur différents sites de la région d’Alger (Reghaia, Ouled Fayet …). Durant les mois d’avril et mai prochains, 7 000 et 8 000 autres logements vont être distribués dans plusieurs autres wilayas. Pour la fin du mois de juin, le DG de l’AADL annonce  une «grande opération» consistant à remettre 25 000 logements à leurs attributaires dans les villes de Bouinan (wilaya de Blida) et Sidi Abdallah (wilaya d’Alger), mais aussi dans celles de Mostaganem, Ain Témouchent, Oran, Relizane, Annaba et Constantine, en particulier. Toutes ces opérations, a assuré M. Belaribi, vont permettre de clore «définitivement» le programme AADL1 à l’échelle nationale.

Plus de 15 ans pour liquider AADL 1

Une bonne  occasion pour le DG de l’AADL de faire le point sur le programme AADL1 qui  a été lancé en 2001 et a compté au total un peu plus de 70 000 souscripteurs. Une des particularités de ce programme est sa forte concentration géographique puisqu’il a concerné uniquement sept wilayas du pays. La wilaya d’Alger a bénéficié, à elle seule, de près de 55 000 logements. Au total, il aura donc fallu plus de 15 ans pour liquider complètement ce premier programme.

Au sujet des retards considérables accusés par la réalisation d’AADL 1, M. Belaribi n’a pas voulu dire qu’il a été d’abord bloqué en 2011 par le gouvernement Ouyahia, qui ne l’aimait pas beaucoup. Son abandon  a même été annoncé très officiellement par l’ancien ministre de l’habitat, M. Noureddine Moussa, au printemps  2013. Une annonce qui lui a valu d’être remercié quelques mois plus tard et remplacé par Abdelmadjid Tebboune. Ce dernier  a  relancé et renforcé considérablement  la formule AADL en lançant la souscription  à AADL 2  à l’été 2013.

Plus de 400 000 souscripteurs à AADL 2

L’intervention de M. Belaribi ne visait pas seulement à annoncer  la prochaine distribution de 40 000 logements AADL 1. Elle avait certainement aussi pour objectif de rassurer les très nombreux souscripteurs du  programme AADL 2 en livrant de nombreuses informations inédites sur ce dernier programme. Le DG de l’AADL annonce tout d’abord  400 000 souscripteurs retenus au titre de ce programme lancé en 2013. Un chiffre qui donne une idée de l’importance des attentes des Algériens dans ce domaine. Plusieurs milliers de souscripteurs ont été «rayés du programme» du fait qu’ils étaient déjà propriétaire d’un logement ou d’un lot de terrain; une vérification qui se poursuit et qui a été rendue possible grâce à l’exploitation du  fichier national du logement, des données de la Casnos ou encore du fichier du ministère de l’Intérieur, a précisé M. Belaribi.

Rassurer c’est d’ailleurs, pour l’heure, ce qui semble être devenu le credo des pouvoirs publics. Au titre d’AADL 2, ce sont ainsi près de 240 000 logements qui sont actuellement en cours de réalisation, selon M. Belaribi. Le DG de l’AADL dément également toute «rupture de financement» du programme en  ajoutant qu’avec l’inscription récente d’une dernière tranche de 120 000 logements, les financements sont désormais disponibles pour le totalité du programme AADL 2.

Pas d’engagements précis  sur les délais de livraison

Les logements du  programme AADL 2 seront-ils livrés plus vite que ceux d’AADL 1 ? Au regard de l’importance des besoins formulés, il est clair que l’un des  enjeux essentiels concernera la quantité de logements mise sur le «marché.  M. Belaribi ne prend pas de risques et ne mentionne aucune date pour l’exécution de l’ensemble du nouveau programme. Il signale cependant que dans certaines wilayas, en petit nombre, notamment dans l’est du pays  le programme AADL 2 a déjà été réalisé et les logements livrés. A Oran, ajoute- t-il, «on a déjà livré 500 logements AADL 2» .

Ce qui est sûr c’est que «la totalité des souscripteurs ont désormais payé la première tranche», suivant les informations données par le DG de l’AADL qui précise le modus operandi : la suite des opérations va se décliner par tranche de 40 000 logements. Le choix préalable du site conditionne le paiement de la deuxième tranche. Le paiement de la troisième tranche donne lieu à une décision de pré- affectation et celui de la quatrième à la remise des clés.

AADL 3 ? Pas pour tout de suite 

Interrogé sur le lancement de nouveaux programmes, M.Belaribi répond en substance que  pour l’instant le plan de charge de 400 000 logements suffit «à faire le  bonheur» des responsables du programme AADL. AADL 3, ce ne sera donc pas pour tout de suite. Des commentateurs pressés ont conclu que la formule était condamnée et qu’elle «serait abandonnée à l’avenir au profit de la promotion immobilière privée ou publique». Une conclusion imprudente. L’éventualité de voir cohabiter à l’avenir la formule du logement social «gratuit» avec le seul «logement promotionnel», hors de portée pour la majorité de la population, est précisément la situation que les formules LSP d’abord et AADL ensuite, ont voulu éviter au cours des deux dernières décennies. Il est très peu probable que, même dans une situation financière plus compliquée, l’Etat renonce à un instrument qui  permets  de  favoriser l’accession des classes moyennes algériennes au logement. Il y a pour cela une bonne raison,  le prix de ce type de logement est désormais très loin d’être symbolique :«50 000 dinars par m2» en moyenne, selon le DG de l’AADL. Les bénéficiaires des programmes AADL se montrent également très disciplinés en matière de «paiement des charges et des loyers» et  M. Belaribi évoque à ce propos un taux de recouvrement de 90%.

Un nouvel enjeu: la gestion immobilière

La formule AADL a un autre mérite qui milite en faveur de son maintien. Qui a entendu parler de Gest-Immo ? C’est le nom de la filiale spécialisée de l’AADL dans le domaine de l’entretien du parc immobilier relevant de l’agence. La formule AADL se distingue du logement social (LPP) ou  du «logement social participatif» (LSP) et de leurs  limites bien connues par la qualité présumée de la construction et des charges «élevées» ( environ 2000 dinars par mois), destinées à assurer l’entretien et la maintenance du parc. L’une des principales innovations des logements destinés à la classe moyenne nationale est en effet l’insistance sur l’entretien des nouveaux immeubles qui est censée répondre à une attente formulée par une population plus exigeante sur le chapitre de l’hygiène et du confort. Pour l’instant, les résultats obtenus par la filiale spécialisée de l’AADL, en dépit de ses 1 500 employés, ne semblent pas à la mesure des attentes et de la contribution des copropriétaires. Ascenseurs en panne et dégradation des parties communes sont régulièrement dénoncées dans la presse. La croissance future de ce  parc de logements au cours des prochaines années va faire émerger un nouvel enjeu, jusqu’ici  largement sous estimé par les pouvoirs publics , à savoir celui de la gestion immobilière. Dans ce domaine, le DG de l’AADL compte apparemment beaucoup sur les micro-entreprises créées dans le cadre de l’Ansej auxquelles doivent être confiés à l’avenir «l’entretien des espaces verts et la réparation des ascenseurs».