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dimanche, juin 16, 2024

15 réunions du Haut Conseil de Sécurité organisées depuis l’arrivée de Tebboune : l’Algérie vit au rythme d’une loi martiale non déclarée

C’est devenu un évènement banal. Le Haut Conseil de Sécurité est devenu, pourtant, l’instance la plus puissante de l’Etat algérien qui se réunit régulièrement pour gérer les affaires du pays. Les activités intenses de cette instance hautement sécuritaire et militaire font apparaître au monde entier une Algérie vivant au rythme d’une loi martiale non déclarée. Pis encore, elles donnent l’impression que l’Algérie est dans une situation de guerre éminente qu’elle ne veut pas encore assumer officiellement. 

Oui, le Haut Conseil de Sécurité est censé être un organisme qui intervient uniquement lorsque le pays est menacé par une crise d’insécurité, une menace d’agression étrangère ou des troubles majeurs menaçant l’ordre public ainsi que la sécurité nationale. Cependant, depuis l’arrivée d’Abdelmadjid Tebboune à la tête de l’Etat algérien, cet organisme est régulièrement sollicité pour se prononcer sur des questions qui dépassent largement le cadre purement sécuritaire comme les relations diplomatiques avec des pays voisins ou la gestion de manifestations populaires pacifiques réclamant le changement démocratique.

Il faut  savoir que depuis son élection à la tête de l’Etat algérien, le 12 décembre 2019, Abdelmadjid Tebboune a présidé 15 réunions du Haut Conseil de Sécurité, qui ont toutes abouti à des communiqués officiels sur l’ordre du jour de la réunion et les décisions les plus importantes prises, telles que le classement du MAK » et le mouvement Rachad en tant qu’organisations terroristes, et la rupture des relations diplomatiques avec le Maroc ainsi que l’interdiction des vols civils et militaires dans l’espace aérien national.

15 réunions regroupant tous les principaux décideurs de l’institution militaires, des services de sécurité ou des membres les plus influents du gouvernement algérien. 15 réunions en une année et demie, c’est un record absolu dans l’histoire de l’Algérie. Même lors de la décennie noire où le pays était ravagé par la guerre civile, le Haut Conseil de Sécurité n’a pas tenu autant de réunions.

Le Haut conseil de sécurité s’était effectivement réuni du 12 au 14 janvier 1992 à la suite de la démission de Chadli Bendjedid de la Présidence de la République pour institué le Haut Comité d’État. Il était alors composé de Sid Ahmed Ghozali Chef du Gouvernement, ministre de l’Économie, Khaled Nezzar ministre de la Défense nationale, Larbi Belkheir ministre de l’Intérieur, Hamdani Benkhelil ministre de la Justice, Lakhdar Brahimi ministre des Affaires étrangères et Abdelmalek Guenaizia chef d’État Major de l’armée.

Ensuite, il s’était réuni à 3 autres reprises de 1992 jusqu’à fin janvier 1994. C’est, d’ailleurs, au cours de la dernière réunion du Haut Conseil de Sécurité que Liamine Zeroual avait été proclamé et désigné en qualité de président de l’État en pleine tourmente sécuritaire avec des affrontements violents contre des groupes armés islamistes radicaux.

La tenue d’une réunion par cette instance stratégique de l’Etat algérien est donc bel et bien une initiative inédite. Avant l’arrivée de Tebboune au pouvoir, la dernière réunion du Haut conseil de sécurité (HCS) en Algérie remontait… au 31 janvier 2011. A l’époque, le défunt Président Abdelaziz Bouteflika avait réuni le ministre délégué à la Défense nationale Abdelmalek Guenaizia, le Premier ministre Ahmed Ouyahia, le ministre des Affaires étrangères Mourad Medelci, le ministre de l’Intérieur Dahou Ould Kablia, le ministre de la justice Tayeb Belaiz et le chef d’Etat Major de l’armée Ahmed Gaïd Salah, pour étudier la brûlante situation politique provoquée par les émeutes qui ont bouleversé toutes les grandes villes du pays. A cette époque-là, le monde arabe commençait à vivre ce qu’on appellera plus tard le Printemps Arabe et la Tunisie s’était révoltée contre son dictateur Zine el-Abidine Ben Ali. Trois semaines après cette réunion du HCS à Alger, l’état d’urgence instauré le 29 février 1992, a été levé officiellement le 24 février 2011 après près de 19 ans.

Vous l’aurez donc bien compris : un HCS n’est jamais organisé en Algérie de manière fortuite. La tenue des réunions du HCS répond à des impératifs sécuritaires qui s’explique par une situation politique qualifiée de dangereuse par le pouvoir algérien. Et pourtant, sous l’ère Tebboune, les réunions du HCS sont devenues périodiques !

Le 26 décembre 2019, le président Abdelmadjid Tebboune avait présidé sa première réunion du Haut conseil de sécurité, où « la situation dans la région, notamment au niveau des frontières avec la Libye et le Mali » est examinée. Il avait décidé à l’époque que le Haut Conseil de sécurité sera réuni de manière périodique, à chaque fois que la situation l’impose. Mais quels sont les critères réels qui déterminent cette nécessité de se réunir régulièrement avec l’establishment militaire et les services de sécurité pour étudier la situation du pays ? Une totale opacité règne autour de ce sujet délicat car l’article 208 de la Nouvelle Constitution algérienne validée en novembre 2020 lors d’un référendum populaire largement boycotté par les électeurs algériens, stipule que le HCS est présidé par le président de la République et que ce dernier détermine les modalités de son organisation et de son fonctionnement, sans préciser sa composition.

En clair, seul Abdelmadjid Tebboune peut décider comment et pourquoi le HCS doit tenir ses réunions. Ces décisions peuvent relever des simples humeurs ou angoisses personnelles du Chef de l’Etat. Et c’est ainsi que le HCS fonctionne, désormais, en Algérie.

15 réunions et autant de communiqués ou de décisions sulfureuses qui ont permis de classer des opposants algériens comme des « terroristes », de réprimer violemment les manifestations pacifiques du Hirak ou de menacer d’une guerre ouverte le Maroc voisin, etc. C’est dire enfin que l’Algérie vit vraisemblablement au rythme d’une loi martiale officiellement encore non déclarée, mais officieusement appliquée et mise en oeuvre dans une illégalité absolue car aucun élément factuel concret ne semble corroborer les thèses fantasques du régime algérien selon lesquelles le pays est menacée de toutes parts et que tous ses problèmes proviennent de « complots ourdis et fomentés par des agresseurs étrangers et soutenus par des traîtres internes ».

Ce délire totalitaire est en train de fragiliser le pays et ses institutions. Cette situation nous rappelle début des années 90 où l’Algérie était dirigée par un Haut Comité d’État (HCE) dominé outrageusement par les dirigeants militaires. Un souvenir amer qui nous rappelle une période lugubre et sinistre.

 

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